La maison de Jim Thompson (2/5) : L’homme, sa légende

Cet article fait suite à « La maison de Jim Thompson (1/5) : Une visite incontournable à Bangkok« .

J’aurai pu intituler cet article de façon très classique «Jim Thompson : sa vie, son œuvre», mais l’existence de cet homme par ses expériences, ce qu’il laisse derrière lui et jusqu’à sa disparition, a construit un mythe au-delà de son œuvre.

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Cet américain, né le 21 mars 1906 à Greenville dans le Delaware, est le dernier de cinq enfants. Il étudie l’architecture et mène une carrière d’architecte à New York, spécialisé dans la construction de résidences secondaires traditionnelles sur la côte Est.

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Mais c’est la seconde guerre mondiale qui va modifier le cours de sa vie. En 1940 il s’engage dans l’OSS (les services secrets) et participe à de nombreuses opérations clandestines en Afrique du Nord, en Italie et en France. Il se porte volontaire pour l’Extrême-Orient, et arrive à Bangkok le 15 août 1945. La capitulation du Japon met fin à son activité et à sa démobilisation, il décide de s’installer à Bangkok dont il est tombé sous le charme.

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Il est partie prenante du projet de restauration de l’hôtel Oriental, et créé avec des amis un groupe d’investisseurs mais en désaccord s’en retirera sans participer à cette restauration. Il doit se mettre en quête d’un nouveau moyen de gagner sa vie tout en restant à Bangkok.

Déjà il commençait à s’intéresser à la soie. Le tissage de la soie était alors un artisanat traditionnel, tombée dans le déclin depuis la fin du XIXème siècle suite à l’importation de produits textiles industriels moins chers. Elle n’était alors produite principalement dans des villages du Nord-Est. A Bangkok il existait une petite communauté de tisserands, musulmane, descendant des Chams, dans le quartier de Bangkrua, au nord de la ville. Après avoir étudié les tissages de soies anciennes, il fit confectionner des échantillons par cette communauté de Bangkok et les présenta à New York qui était le haut lieu des produits de luxe après-guerre.

La soie thaïlandaise se distinguait des soies japonaises et chinoises, plus souples et tissées sur machine, par ses coloris et sa texture. La chance fut que Valentina, une créatrice de mode très en vogue se fasse confectionner une robe en soie violette et photographier la portant pour le magazine Vogue. La soie thaïlandaise était lancée sur le marché international !

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Mais pour une production plus importante, Jim Thompson dut apporter des modifications au processus de fabrication comme l’introduction de teintures chimiques, les colorants d’origine végétale étaient trop instables, et l’introduction de métiers à tisser plus rapides, auparavant la production n’atteignaient que quelques mètres par jour pour un métier.

En 1948 fut créée la Thaï Silk Company Ltd, dont Jim Thompson était le directeur général.

La chance sourit de nouveau à Jim Thompson puisque pour les costumes de la Comédie musicale «Le Roi et moi» (voir article du 13 mai 2012 : « La Thaïlande rêvée d’Hollywood« ) Irène Sharaff décida d’utiliser les soies de Jim Thompson. Cette publicité permit à la compagnie de voir son chiffre d’affaires passer d’un demi-million de bahts en 1950 à deux millions en 1952.

Yul Brener, Wife W/Queen Of Thailand

Le couturier Pierre Balmain utilisa les soies de Jim Thompson, en particulier pour confectionner la garde-robe de la jeune et populaire reine de Thaïlande, Sirikit. (Voir l’article du 2 juin 2012 : « Le musée des textiles au « Grand Palais » à Bangkok« ).

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En 1960 l’entreprise commença la production de soies imprimées qui grâce au design et aux combinaisons de couleurs inhabituelles rencontra un très grand succès.

La compagnie était définitivement lancée et Jim Thompson célèbre dans le monde entier. Son magasin de la rue Suriwong recevait les célébrités de passage à Bangkok, qui étaient également invitées dans la maison qu’il avait fait construire et qui abritait sa collection d’antiquités. (Cette maison et la collection feront l’objet d’articles spécifiques).

Deux vidéos, produites par la Fondation Jim Thompson et la Thaï Silk Company, malheureusement en anglais, retraçant de manière un peu hagiographique, l’histoire de Jim Thompson et de la Thaï Silk Company.

Vidéo :

Vidéo :

La vie de Jim Thompson se déroulait entre le travail pour l’expansion de la société, sa vie mondaine très active et sa collection.

Elle n’aurait pu que constituer la saga d’un étranger installé en Thaïlande, sauvant en la développant son industrie de la soie, doublé d’un amateur éclairé et grand collectionneur d’art asiatique.

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Mais un évènement vint installer la légende de Jim Thompson. Le 23 mars 1967, il quitte la chaleur étouffante de Bangkok pour aller quelques jours en Malaisie dans les Cameron Highlands chez des amis. Le dimanche 26 mars 1967, il disparait et ne fut jamais retrouvé. A partir de cet instant les élucubrations les plus farfelues ont vu le jour, toutes les hypothèses se trouvant renforcées par le meurtre de sa sœur quelques mois après. Elles se basent sur son passé au sein de l’OSS il aurait été enlevé par des maquisards communistes, il aurait volontairement disparu et ce serait installé pour gérer un ressort à Tahiti (photo a l’appui … 30 ans après sa disparition).

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Si on peut constater la ressemblance cette

 photo a quand même été prise 30 ans après sa disparition !

L’hypothèse la plus vraisemblable est celle d’un accident qui serait survenu lors d’une promenade effectuée par Jim Thompson dans ces montagnes sans qu’elle puisse être étayée par la découverte d’un corps.

Sa vie, sa maison et sa collection, et sa disparition ont alimenté de nombreux ouvrages et films.

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Aujourd’hui il nous laisse sa maison transformée en musée abritant sa collection unique, et les multiples activités de la Jim Thompson Thaï Silk Company Ltd et qui feront l’objet des articles suivants.

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Posted by at 8 février 2015
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One Response to La maison de Jim Thompson (2/5) : L’homme, sa légende

  1. Gwen (1 comments) says:

    Passionnant, je ne connaissais pas. J’attends la suite avec impatience. Belle article.

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